Manasonics
Foley
 
 
Manasonics .| 14 Tracks total 47:00 .| 1st edition 2013
 
PLUSH 14
 

Manasonics | Foley  
 


01 - On The Lot 3:28
02 - Anamorphic 1:35
03 - X Copy 1:09
04 - Close Up 2:25
05 - Louma Louma 2:36
06 - Duvetyne 1:27
07 - Silver Bullet 2:09
08 - Cassavetes 4:03
09 - B Roll 4:04
10 - The Dailies 7:11
11 - Invisible Boy 5:34
12 - Chantes de Particules 3:36
13 - Walk & Talk 4:30
14 - Back To One 3:00

FILE UNDER :
FILMTRACKS
JAZZ MINIM
BRUITAGE
PLUSH
 
   
   
   
   

Steve Argüelles (drums, usine), Benoît Delbecq (piano, keyboards) Nicolas Becker (sound design).
photo Audoin Desforges

Release date September 2013 .

The trio Manasonics is made up of Ambitronix (the established duo of pianist Benoît Delbecq and percussionist Steve Argüelles) with the addition of Nicolas Becker, a sound designer/foley artist well known in the cinema world with over 200 films to his credit, from Cronenberg and Polanski to La Haine, Andrea Arnold's Wuthering Heights, and sound installations and films for the artist Philippe Parreno.

The piano is essentially a system of hammers, and Cecil Taylor once described the piano keyboard as eighty-eight tuned drums. Benoît Delbecq's deployment of electronics alongside the piano can also turn the pianist's drum taps into eighty-eight percussive triggers for unleashing a whole new array of sounds. Together with Argüelles' drums and other percussion instruments, and Becker striking and otherwise manipulating the array of objects that make up the foley's armoury, Manasonics is therefore essentially a trio of percussionists.

My first hearing of Manasonics’ Foley had me re-listening to Miles Davis's extraordinary soundtrack for Louis Malle’s 1958 film, L'ascenseur pour l’echafaud. Miles and his French quartet improvised a fragmented and episodic sequence of music that is filmic in itself, bringing both human action and atmospheric ambience to life even more when it is heard as pure music than it does in conjunction with the film it was constructed to accompany. The music of Delbecq, Argüelles and Becker similarly evokes a world of imagery but without requiring images as its raison d'être. Whilst some of Manasonics’ music is from movie soundtracks they have made, or re-edits of them, much of it consists of improvisations that are edited, in the style of film post-production, from concert or studio performances. The variety of cinematic sources particular to the music is reinforced by the track titles, which are derived from cinema terminology.

It is common to speak of musicians 'making' music. Rarely is that verb so apt as here. A sound world is 'constructed' from diverse aural components that the musicians build into structures, sometimes complex, sometimes simple, only to deconstruct them again and rebuild them in a different form, in a stimulating and deeply satisfying sequence of events. It is that sequence of events that gives the music its filmic quality.

This cinematic dimension and the constructed nature of the music are reinforced by the presence of the foley artist (bruiteur) Nicolas Becker. The normal task of a foley in film, TV or radio production is to create sound effects, simulating real world sounds by the deployment of an array of real world objects and materials, usually quite unrelated to the things whose sounds they imitate. Here that abstract distance between object and sound is extended exponentially by being denied a descriptive or imitative function, it's purpose instead being purely musical, adding to the stock of material available to the musicians from which to build their sound world.

Rather like, in a different art form, Robert Rauschenberg's 'Combine' paintings in the 1950’s, the presence of the foley in this trio weaves the real world of objects into the fabric of the composition, simultaneously transforming them into evocations of things they are not. This is music that mixes the purity of instrumental sound, the electronic distortions and multi- layered complexity of digitally generated sound, and the analogue manipulation of 'real world' sounds, to conjure a simultaneously abstract and referential musical ambience. Foley is a collection of extraordinary music that results from the creative combination of very different traditions of sound making through a unique collaboration.

Derek Horton



Depuis quelques années déjà, Steve Argüelles, Nicolas Becker et Benoît Delbecq œuvrent au sein de Manasonics à la création de bandes sonores originales, multipliant les expériences et les collaborations. Si Foley est une photographie fidèle de ce perpétuel work in progress, l’association du trio ne paraît jamais si évidente que lorsqu’elle se déploie en live. Ce n’est donc pas un hasard si l’acte fondateur de la formation fut un ciné-concert du film de 1928 d’Abram Room, Le fantôme qui ne revient pas.

Renouvelant en direct l’expérience cinématographique, Manasonics s’est ainsi d’emblée attaché à faire dialoguer sons et images. Quoi de plus excitant, en effet ? Par son rythme, le montage constitue une partition abstraite, un canevas qui confère paradoxalement un potentiel sonore au cinéma muet. Il est d’ailleurs amusant de se rappeler que l’accompagnent musical, avant même l’avènement du parlant, était principalement destiné à couvrir les bruits de la salle à une époque où on projetait encore les films dans les foires… Si tout est bruit pour qui a peur, Manasonics en retourne l’adage, orchestrant une véritable symphonie de stimuli. Il peut alors redevenir magique d’assister à un simple point de synchronisation, lorsque le trio s’affranchit des seuls éléments diégétiques et, qu’au détour d’un set improvisé, la musique dialoguant de concert au service du film, la mise en scène s’en trouve de nouveau bouleversée.

Cependant, l’approche iconoclaste de Manasonics ne s’arrête pas là. Car si le trio excelle sur scène, sa raison d’être se révèle peut-être plus encore dans le laboratoire du studio. La phénoménale banque de sons et d’objets constituée par Nicolas Becker, les savantes préparations du piano de Benoît Delbecq et les systèmes d’échantillonnage mis en place avec Steve Argüelles ne cessent de se répondre et de rebondir, tourbillonnant de l’enregistrement au montage via de vertigineux re-recordings. Dans l’instant comme dans le différé, toutes ces phases participent à la richesse condensée par Foley. Sa structure, élaborée à force d’essais, en d’infimes retouches, prend vie et s’autonomise, les pulsions du groove laissant aussi la place aux soubresauts organiques, et, du bruitage à l’électronique, de l’improvisation à la programmation, naît une composition protéiforme dont la palette des registres semble toujours plus infinie. Si bien qu’on se surprend réellement à visualiser le son sans l’image, ce qui révèle l’émouvante éloquence de Manasonics.

En s’emparant de l’ensemble du champ sonore sur des modalités s’apparentant au film, Manasonics renouvelle les possibilités et les supports de l’écoute. Loin de proposer un simple cinéma pour l’oreille ou un nouvel art radiophonique, Foley opère un travelling qui, partant des images, invite à redéfinir nos projections. Il en va un peu de ce ré-enchantement comme de nos premiers émois cinéphiliques, qu’à force d’habitudes le parlant a détourné au profit de sa seule temporalité et de ses seules émotions. Si Foley est le fruit d’une recherche pleinement musicale, celle-ci s’offre en retour à l’expérience cinématographique, ouvrant ainsi une nouvelle voie invoquée dans L’audio-vision par Michel Chion : « ce nouveau cinéma parlant retrouve le cinéma muet, avec le son, et pourrait marquer la troisième période du cinéma narratif, une période où le cinéma réincorpore des valeurs que la parole l’avait amené à mettre au rencart ». À sa façon, Manasonics en réactualise l’esprit, puisant aux origines du cinématographe et de son dispositif de nouvelles sensations.
 
 
Benoît Bourreau
 

>>> Comment on this record ----------- plush online shop, itunes mp3 downloads mailorder paypal